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L’évolution de la mode dans les territoires roumains de 1711 à 1950 [II]

par le Dr. Adrian-Silvan Ionescu
traduit du roumain par Cristina Anghel  

Toutes les dames avaient commencé à porter l’imposante crinoline. À partir de 1835-1840, la jupe prend de l’ampleur et est soutenue de nombreux jupons superposés. Bien qu’en tissu fin, ces jupons, dont le nombre pouvait aller jusqu’à 12, étaient empesés pour maintenir la forme de la jupe, devenant ainsi lourde et gênante pour la démarche.  

Afin de diminuer le nombre des jupons et le poids transporté par la femme rien que pour la mode, des matières plus rigides, du coton ou du lin, mélangées à du poil de cheval, ont commencé à être utilisées. Le terme de crinoline a été créé en référence au crin qui désigne le poil garnissant l’encolure et la queue des chevaux.

Ainsi, le nombre des sous-jupes a été considérablement réduit au nombre de quatre: une première sous-jupe, en trame de crin très serrée, ayant une circonférence de 3-4 m, une sous-jupe garnie en haut de baleines et d’ouate des genoux aux talons, une troisième sous-jupe aux volants empesés, et la dernière en mousseline sur laquelle on mettait la jupe. Une dame ne pouvait pas s’habiller toute seule et l’aide d’une femme de chambre lui était indispensable pour superposer dans l’ordre toutes ces sous-jupes.  

À son tour, la jupe était prévue avec cinq os de baleine, pour chaque pli, afin de ne pas modifier la forme et faire disparaître la richesse des fronces. Un autre cercle d’os, de grandes dimensions, soutenait l’ourlet pour que le bas ne colle pas aux jambes et gêne le déplacement. D’autres baleines permettaient le passage de la poitrine à la taille, pour une taille de guêpe. Entre 30 et 40 m de tissu étaient nécessaires pour une telle robe.  


[Alexandrina Grădişteanu 1872, collection  Dr. Adrian-Silvan Ionescu]

Toutes ces sous-jupes on été remplacées en 1850 par une seule, beaucoup plus efficace, à forme hémisphérique, soutenue par des cercles de fer. En 1856, elle est remplacée par une structure de 9 cercles légers en acier, sur laquelle on mettait directement la jupe.

Les humoristes et les caricaturistes français ont longtemps ironisé la crinoline, surnommée cage , à cause de sa forme. Dans les Principautés Roumaines, le terme de cage était utilisé (NdT. en français dans le texte) mais aussi une forme locale – „caje“, comme en témoignent des chroniques de mode. Il y avait aussi le terme de malakoff, d’après le nom de la forteresse de Sébastopol, conquise avec grande difficulté par les troupes française durant le Guerre de Crimée. Il est intéressant de mentionner que la Roumanie est le seul pays, en dehors de la France, où la crinoline a été connue sous ce nom. En Roumanie, comme partout, le malakoff a été le plus en vogue en 1858.  

À cause des difficultés rencontrées pour mettre une telle tenue, deux parties séparées on été créées : le corset et la jupe. Pour cacher la jonction entre les deux parties, un cordon avec une grande boucle était utilisé. En 1858, le corset finit en angle sur le ventre, et les manches commencent à s’élargir à partir du coude et sont appelées manches pagode.

Pour la promenade, on couvrait paresseusement les épaules d’un châle, le cachemire précieux était encore à la mode et pouvait être transmis de génération en génération. Des châles en dentelle ou soie, avec des longues franges, pouvaient être portés à l’intérieur, mais aussi aux bals et aux réceptions. Le manteau en soie ou velours, avec parfois un col en fourrure qui descendait jusqu’aux genoux, avait une base très large pour ne pas serrer ou aplatir la jupe et pouvait être boutonné de haut en bas. L’algérienne ou le burnuş était une pèlerine en laine à capuche, très commode et efficace, que les dames aimaient porter car elle pouvait être amplement brodée sur les côtés et aussi parce que du bout de la capuche pendait une grande houppe en fils de soie.

Après 1860, la jupe devient oblongue, le volume évoluant vers le derrière pour faire une majestueuse traîne. La mode connaît ainsi l’évolution vers la robe à tournure, dont les fronces et ornements sont concentrés derrière.


[Elena Salmen, collection  Dr. Adrian-Silvan Ionescu]

Une dame respectable doit avoir dans sa garde-robe des tenues pour chaque saison et moment de la journée, correspondant spécifiquement à chaque activité effectuée. Ainsi, il y avait les tenues de matin, d’après-midi, de soirée, de visite et de promenade (à pied ou en calèche). Les tenues étaient différentes, selon qu’on était l’invitée ou la maîtresse de maison. Il y avait des tenues pour la fête estivale à la campagne ou aux bains, à la montagne ou à la mer. Les dames sportives se devaient d’avoir un costume de cavalière et pour les plus courageuses, l’équipement de chasse. À partir du 20ème siècle sont apparues aussi des tenues de cyclisme, d’automobilisme et d’aviation. La tenue de soirée était très élégante: la femme était obligée de montrer son cou, les épaules et les bras, dans une fastueuse robe décolletée, parée de bijoux. Il y avait des niveaux de sobriété dans toutes ces tenues : celles de théâtre, opéra, dîners et soirées étaient plus sobres, les décolletés y étaient plus légers, les épaules couvertes et les ornements utilisés avec parcimonie tandis que les tenues de gala et de bal étaient très luxueuses, en tissus précieux, garnies de dentelles, rubans et pierres, et excessivement décolletées. En guise d’accessoires indispensables, on comptait les gants, l’éventail et le lorgnon, et, pour les soirées dansées, le carnet de bal avec des couvertures d’or ou d’argent et des pages fines en ivoire où étaient marquées, à la plume en métal précieux, l’ordre des danses et des partenaires.  

Au fur et à mesure du temps, la coquetterie diminue. La Grande Guerre (1914-1918) y a mis un coup de frein avec l’augmentation du prix des textiles, la diminution du nombre des couturiers – envoyés sur le front – et la conscience de la nécessité de sobriété chez les femmes de bonne condition. La femme ne mène plus exclusivement une vie d’intérieur, au profit de sa famille, mais se présente aussi comme très active en société. Ainsi, les jupes sont raccourcies pour faciliter le déplacement à pied. Les vêtements sont faits en tissus commodes et résistants, dans des tonalités sobres. Le tailleur débarque. Les chapeaux, qui avaient connu des dimensions exagérées dans la première décade du 20ème, ont des petits bords et couvrent les yeux.

Une fois le cauchemar de la guerre finie, la société sent le besoin de réagir contre les manques engendrés par le conflit, en menant dans les années 20 une existence épanouie et luxurieuse, d’où le nom d’années folles. De nouvelles danses apparaissent, comme le charleston, qui met à la mode les robes sac, sans taille et allant jusqu’aux genoux, pour permettre des mouvements agités. Le corset avait déjà disparu depuis longtemps. Les nuances très sombres ou très claires, comme le noir et le blanc, avec des paillettes géométriques ou phytomorphes avaient la préférence. Les fourrures sont toujours aussi importantes : les manteaux avaient des cols et des manches en renard blanc ou argenté, mais il y avait aussi des manteaux entiers en fourrure et des étoles en fourrure précieuse, portées sur les épaules nues dans les tenues de soirée à la place des châles d’autrefois.


[Trois Hommes, collection  Dr. Adrian-Silvan Ionescu]

Une fois le cauchemar de la guerre finie, la société sent le besoin de réagir contre les manques engendrés par le conflit, en menant dans les années 20 une existence épanouie et luxurieuse, d’où le nom d’années folles. De nouvelles danses apparaissent, comme le charleston, qui met à la mode les robes sac, sans taille et allant jusqu’aux genoux, pour permettre des mouvements agités. Le corset avait déjà disparu depuis longtemps. Les nuances très sombres ou très claires, comme le noir et le blanc, avec des paillettes géométriques ou phytomorphes avaient la préférence. Les fourrures sont toujours aussi importantes : les manteaux avaient des cols et des manches en renard blanc ou argenté, mais il y avait aussi des manteaux entiers en fourrure et des étoles en fourrure précieuse, portées sur les épaules nues dans les tenues de soirée à la place des châles d’autrefois.  

La garde-robe quotidienne des messieurs se diversifie et les tonalités sombres sont abandonnées. L’élégance britannique d’inspiration sportive commence à prendre en Roumanie, aussi. Les costumes en tweed ou en tissu à carreaux sont à la mode. La veste est ouatée au niveau des épaules et de la poitrine pour faire croire à une morphologie athlétique. Les revers sont larges et fins. Les pantalons ont un ourlet retourné. Les chapeaux rigides, comme le chapeau melon ou le haut de forme ne sont utilisés qu’à des occasions spéciales et sont remplacés par des chapeaux plus souples, en feutre, avec le bord rabattu. La borsalina, un chapeau en feutre fin, avec le bout du bord relevé et couvert de soie était un peu plus difficile à entretenir. On pouvait la trouver en nuances allant du gris clair et beige jusqu’au noir. Pour les jours froids, on mettait un pardessus – appelé loden ou raglan – en poil de chameau, très clair, aux revers larges et au col type châle, cintré sur la taille avec un cordon. Le frac, à défaut d’être trop élégant, finit par être remplacé par le smoking, une veste noire, aux revers en soie, portée avec un noeud-papillon noir et une chemise blanche. Ainsi, tous les hommes, fraîchement rasés, pommadés, les cheveux gominés et brillants, ressemblaient aux acteurs d’Hollywood.

Toutes ces tenues sont de rigueur jusqu’à la deuxième Guerre Mondiale. Le tournant communiste et la prise du pouvoir par la classe ouvrière et ses dirigeants ont éliminé „la classe exploratrice” en imposant „la démocratie populaire”. C’était très risqué, aussi bien pour les femmes que pour les hommes, de porter dans la rue un manteau de bonne qualité, avec un col en fourrure, et même un chapeau.

L’oeil vigilant et la rage prolétaire pouvaient envoyer le porteur imprudent directement dans les sous-sols de la Securitate et ensuite au Canal. C’est pour cela que les anciennes élites, pour se confondre dans la masse anonyme et grise, devaient adhérer à la soi-disante mode de l’époque.

Le mouchoir a remplacé le chapeau à voilette, le collant en coton celui en soie naturelle, les bottes en caoutchouc les chaussures en cuir fin, et l’imperméable se devait d’être le plus neutre possible. Les hommes ont renoncé au chapeau pour la chapka, ont laissé tomber les cravates pour des chemises non-fermées, des gilets en laine médiocrement tricotée et des vestes modestes et bon marché. Le type star d’Hollywood était disparu en faveur du type travailleur abruti et négligent. La parka – grand succès du design soviétique – était devenue l’article vestimentaire le plus prisé car elle tenait chaud et était aussi très résistante. Ce qu’ils étaient heureux ceux qui en recevaient une de la part du comité d’entreprise !

Sic transit gloria mundi

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2 Comments

  1. Pingback: www.egophobia.ro » Blog Archive » EgoPHobia #22

  2. hardo paste

    i started reading this version, but my french is poor. do you have english, too?

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