{"id":9875,"date":"2013-06-30T12:26:30","date_gmt":"2013-06-30T10:26:30","guid":{"rendered":"http:\/\/egophobia.ro\/?p=9875"},"modified":"2013-08-08T17:38:05","modified_gmt":"2013-08-08T15:38:05","slug":"la-sombra-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/egophobia.ro\/?p=9875","title":{"rendered":"La Sombra"},"content":{"rendered":"<p align=\"right\">de Steven Cottingham<br \/>\ntraduit d\u2019anglais en fran\u00e7ais par Zac Egs<br \/>\n<a href=\"http:\/\/egophobia.ro\/?p=9873\">click here<\/a> for the English version \/  <a href=\"http:\/\/egophobia.ro\/?p=9877\">click aici<\/a> pentru versiunea rom\u00e2n\u0103<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=justify>\n&nbsp;<br \/>\nApr\u00e8s vingt-neuf ans de mariage, Beto abhorrait regarder les mains de sa femme. Ces derni\u00e8res le d\u00e9go\u00fbtaient, toutes vieilles, calleuses et viriles. Il pouvait se souvenir d&#8217;une p\u00e9riode avant les b\u00e9b\u00e9s, avant le sang, avant la laideur \u2013 une p\u00e9riode durant laquelle Isela \u00e9tait la plus belle femme qu&#8217;il avait jamais vu. C&#8217;est bien quand ses yeux dansent leur sombre danse, l&#8217;invitant en vue d&#8217;une cumbia \u2026 et seulement par un clin d\u2019\u0153il que la promesse d&#8217;une longue nuit s&#8217;annonce. Et c&#8217;est \u00e0 cette occasion qu&#8217;il l&#8217;aimerait passionn\u00e9ment \u2013 comme un homme se doit de faire \u2013 et de murmurer alors \u00ab Te amo, mi querida, \u00bb et elle tomberait de sommeil dans ses bras. Avant, il aimait \u00e0 tenir ses mains ; maintenant il ne peut plus les voir. Beto t\u00e2tonnait dans la cuisine jusqu&#8217;\u00e0 trouver l&#8217;interrupteur. Ce dernier l&#8217;avait toujours irrit\u00e9. L&#8217;interrupteur \u00e9tait derri\u00e8re le r\u00e9frig\u00e9rateur et bien qu&#8217;ils aient v\u00e9cu dans cette maison pendant presque vingt ans, l&#8217;interrupteur cherchait toujours \u00e0 l&#8217;\u00e9viter en quelque sorte. Beto s&#8217;assit \u00e0 la petite table de la cuisine et saisit une pomme. Il jeta un coup d\u2019\u0153il \u00e0 la pendule et se rendit compte qu&#8217;il \u00e9tait plus t\u00f4t qu&#8217;il ne pensait. Habituellement, il se levait aux alentours de cinq heures trente ou six heures du matin, mais l\u00e0, la pendule indiquait trois heures dix. Il faisait sans cesse tourner la pomme dans sa main. Beto saisit un couteau et d&#8217;une mani\u00e8re un peu absente, mais \u00e9nergique, comme un artiste peignant sur un canevas, \u00e9plucha la pomme jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;une longue pelure reste sur la table. Beto stabilisa la pomme et retira la peau de celle-ci. Il la redressa entre ses doigts et se souvint.<!--more--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait au d\u00e9but du mois d&#8217;Ao\u00fbt et trop chaud m\u00eame pour Monrovia. L&#8217;odeur d&#8217;agrume provenant des citronniers et des orangers du dehors ondoyait dans l&#8217;air \u00e0 travers la porte arri\u00e8re comme une jeune m\u00e8re chantant une berceuse. Beto pouvait entendre les enfants pr\u00e9parer la pi\u00f1ata pour le troisi\u00e8me anniversaire de Carlito. Son petit Carlito ; qui lui ressemblait beaucoup, mais beau comme sa m\u00e8re. Beto se dirigea vers la fen\u00eatre et vit son fils se rouler dans le gazon avec son cadeau d&#8217;anniversaire ; un nouveau chiot. Isela avait lutt\u00e9 afin de l&#8217;obtenir, mais Beto refusait de le donner. \u00ab Esp\u00e8ce d&#8217;imb\u00e9cile ent\u00eat\u00e9, \u00bb crissa Isela, mais il ne fit que sourire. \u00ab Juste quelque chose d&#8217;autre dont je peux m&#8217;occuper. J&#8217;ai eu six enfants avant celui-ci et c&#8217;est celui que vous voulez \u00e9lever. \u00bb Beto agrippa Isela autour de la taille et la poussa vers la cuisine. Quand, au bout d&#8217;un moment, il finit par la d\u00e9poser, parmi tous ses cris, il commen\u00e7a \u00e0 embrasser son cou. Avec ruse, Isela laissa tomber sa t\u00eate vers le c\u00f4t\u00e9. \u00ab Alors je suis ent\u00eat\u00e9 ? \u00bb Grogna Beto entre ces embrassades. \u00ab Ent\u00eat\u00e9 et dur comme une pierre, \u00bb murmura Isela, alors qu&#8217;elle glissa sa main entre ses jambes. Beto couvrit sa douce main avec la sienne pour la guider o\u00f9 il le voulait. \u00ab Pas cette fois-ci, b\u00e9b\u00e9. C&#8217;est mon tour, \u00bb dit Isela, se d\u00e9tachant de Beto et le menant vers la chambre \u00e0 coucher.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Okay, \u00bb dit Beto en haussant les \u00e9paules. Il attendit les paumes vers le haut comme pour poser une question. Et avant qu&#8217;Isela ne puisse dire quoi que ce soit, Beto continua, \u00ab mais Carlitos garde le chien. \u00bb Beto vit Carlitos au dehors. Il portait son costume bleu \u2013 celui avec le short et le n\u0153ud-papillon. On pouvait voir des bribes de gazon dans ses cheveux et des taches vert fonc\u00e9 couvrait ses genoux et ses coudes. Tous les cousins \u00e9taient compl\u00e8tement fatigu\u00e9s ; le petit Raymundo et Triana. Les cousins plus \u00e2g\u00e9s l&#8217;\u00e9taient aussi, comme Mauricio et Chango. Roberto, le fils ain\u00e9 de Beto, essayait de tendre la corde de la pi\u00f1ata sur le toit, de telle fa\u00e7on \u00e0 ce qu&#8217;il puisse faire bouger le clown et l&#8217;\u00e9carter des enfants et les amuser avec le frisson de faire tomber des bonbons ? Beto regardait dehors et vit Isela prendre Carlitos et le nettoyer. Elle le r\u00e9primanda pour les taches sur ses genoux, mais Carlitos ne fit que rire et courut. Beto regarda ses deux fils Roberto et Mikey, \u00e2g\u00e9s respectivement de dix-sept et quinze ans, et se sentit tout fier de lui. La fiert\u00e9 qu&#8217;il ressentait pour ses enfants \u00e0 ce moment le remplit tant qu&#8217;il crut \u00e9clater. \u00ab Pr\u00eat, Carlitos ? Vite ! \u00bb cria son fr\u00e8re ain\u00e9 Mikey. Carlitos fit basculer la lourde batte de baseball en bois vers le clown, mais le poids de la batte fit perdre l&#8217;\u00e9quilibre \u00e0 ce gar\u00e7onnet de trois ans. Beto vit comment le petit gar\u00e7on, tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9 dans son action, tentait de reprendre son \u00e9quilibre. Une petite brise passa \u00e0 travers les cheveux de Carlitos et les \u00e9carta de son visage. Beto pouvait voir une sorte de r\u00e9solution dans le regard de son fils, et il le pensait tout comme moi. \u00ab J&#8217;aime les bonbons \u00bb ! \u00bb cria Carlitos alors qu&#8217;il faisait violemment balancer la batte et heurta le pied jaune du clown. \u00ab Allez, il est temps d&#8217;essayer, Carlitos, \u00bb lui dit Mikey. \u201cNo! Es mio! Mio, mio, mio!\u201d<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Beto vit une sorte de col\u00e8re venir, alors il fouetta son plus jeune fils dans l&#8217;air jusqu&#8217;\u00e0 ce que l&#8217;enfant<\/p>\n<p>rit et alors Beto dit \u00ab Vamanos, mijo. Viens t&#8217;asseoir avec moi. Ce sera ton tout bient\u00f4t. \u00bb<br \/>\nCarlitos fron\u00e7a les sourcils en direction de son p\u00e8re, mais m\u00eame \u00e0 trois, il fit mieux que de discuter. Ils regardaient les plus jeunes enfants balancer la batte vers le clown et rater et rater et encore rater. Les enfants plus \u00e2g\u00e9s devenaient agit\u00e9s, alors Willie, venu du bas de la rue, tira le bandana bleu de sa poche et le noua autour de ses yeux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est mon tour ! S&#8217;\u00e9cria-t-il. \u00bb<\/p>\n<p>Robert rit depuis son si\u00e8ge sur le haut du toit. \u00ab Essaye, penejo! Tu n&#8217;arriveras pas \u00e0 le toucher tant que je suis en haut ! \u00bb<\/p>\n<p>Willie prit ses positions devant la pi\u00f1ata. Il ressemblait \u00e0 un de ces joueurs de baseball professionnel \u2013 son derri\u00e8re en l&#8217;air, la batte derri\u00e8re son oreille droite. \u00ab Am\u00e8ne-le, mon gars. Je suis pr\u00eat ! \u00bb<\/p>\n<p>Isela et sa s\u0153ur Rosa se dirig\u00e8rent vers Willie. Isela dit \u201cUn momento tonto.\u201d Rosa commen\u00e7a \u00e0 le faire tourner en rond jusqu&#8217;\u00e0 ce que Willie n&#8217;ait plus conscience d&#8217;o\u00f9 il se tenait sur le gazon vert.<\/p>\n<p>Carlitos entra, \u00e9tant comme fascin\u00e9 et cria \u00ab Je le fais. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Beto riait et tenait Carlitos contre lui. \u00ab Dans une minute, mijo. Ce sera de nouveau ton tour. \u00bb<\/p>\n<p>Willie prit sa position et manqua son coup. Il s&#8217;\u00e9crasa sur le sol. Des rires se firent entendre autour de lui quand Willie se releva et frappa la batte sur le sol.<\/p>\n<p>\u00ab Mon tour ! Mon tour ! C&#8217;est mon tour! \u00bb dit Carlitos.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En quelque sorte, dans l&#8217;espace \u00e9ternel d&#8217;un instant, Carlitos parvint \u00e0 se tortiller en toute libert\u00e9, juste quand Willie balan\u00e7a la batte. Beto entendit ce qui ressemblait au claquement sourd du bois contre la peau d&#8217;un b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Je l&#8217;ai eu ! \u00bb s&#8217;exclama Willie.<br \/>\n\u201cMijo!\u201d cri\u00e8rent Beto et Isela en unisson.<\/p>\n<p>Carlitos \u00e9tait \u00e9tendu sur le sol, son \u0153il droit d\u00e9j\u00e0 gonfl\u00e9 et un peu ferm\u00e9, et une fine larme ensanglant\u00e9e coulait sur sa tempe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Isela le souleva et le secoua en avant et en arri\u00e8re, tenant son gar\u00e7onnet comme on tient un nouveau-n\u00e9. \u00ab Mon b\u00e9b\u00e9, Mon b\u00e9b\u00e9, \u00bb g\u00e9mit-t-elle.<\/p>\n<p>Beto pouvait voir ses mains bless\u00e9es dans les cheveux de Carlitos. De fines lames de gazon jouaient \u00e0 cache-cache dans ses m\u00e8ches boucl\u00e9s. Elle le tenait proche d&#8217;elle et g\u00e9missait comme si la batte de baseball avait touch\u00e9 ses propres entrailles. Le clown se balan\u00e7ait un peu depuis sa corde, un sourire violet et plut\u00f4t veineux \u00e9tait coll\u00e9 sur sa figure.\u00a0 Les banderoles turquoise, jaunes et vertes s&#8217;agitaient dans la brise. Beto ne pouvait pas s&#8217;emp\u00eacher de regarder les mains de sa femme.<\/p>\n<p>Beto regarda vers le bas en direction de la peau ab\u00eem\u00e9e de pomme. Il la posa sur la table et mit ses paumes sur ses yeux. Il les essuya, dans l&#8217;espoir d&#8217;effacer certains souvenirs. Il entendit un g\u00e9missement et regarda vers le bas encore une fois. Il vit Sombra grommeler sur le plancher de la cuisine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u00e0 o\u00f9 Beto \u00e9tait assis. Beto frotta derri\u00e8re les oreilles du chien et sentit le vieux chien fouiner dans sa main. Sombra pleura un petit peu, comme si elle se rappelait \u00e9galement.<br \/>\n\u201cQue tienes, perro?\u201d<\/p>\n<p>Isela entra ensuite dans la cuisine, Beto pouvait voir qu&#8217;elle \u00e9tait inqui\u00e8te. La ligne sur son front r\u00e9v\u00e9lait son for int\u00e9rieur.<br \/>\n\u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a, Roberto? Pourquoi es-tu ici ? Qu&#8217;est-ce qui ne va pas avec Sombra? \u00bb<br \/>\n\u00ab J&#8217;avais juste faim, \u00bb mentit Beto. \u00ab Je crois qu&#8217;il veut sortir. \u00bb<br \/>\nIsela lan\u00e7ait des regards suspicieux \u00e0 son mari et ouvrit la porte arri\u00e8re. Sombra s&#8217;assit \u00e0 cet endroit et pleura un peu plus fort.\u00a0 Beto regarda de nouveau sa femme et la vit basculer sur le gazon, en avant et en arri\u00e8re, le sang commen\u00e7ait \u00e0 couvrir ses mains&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>de Steven Cottingham traduit d\u2019anglais en fran\u00e7ais par Zac Egs click here for the English version \/ click aici pentru versiunea rom\u00e2n\u0103 &nbsp; &nbsp; Apr\u00e8s vingt-neuf ans de mariage, Beto abhorrait regarder les mains de sa femme. 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